NAT Géologie (2) La fabuleuse histoire du sol que nous foulons

Lire d’abord : https://www.gelura.be/ccr/ccr-0/ccr9-nat-geologie-1-bon-a-savoir-avant-daborder-ce-sujet-passionnant/

Tâchons de comprendre comment se sont formées les 8 strates sous nos pieds quand nous nous promenons à Pécrot.

Voici les 8 strates géologiques (totalisant ±100 m) sur lesquelles nous nous promenons à Grez-Doiceau.
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Rappel des époques durant lesquelles se sont formées ces huit strates. « Ma » = million d’années.

Partons des couches les plus anciennes vers celles les plus récentes, comme cela se fait d’ailleurs toujours en géologie ! Rappelons au passage que l’abréviation « Ma » signifie « million d’années ».

N°1 (BLM) : Il y a très, très longtemps (500 Ma), le magma sorti des entrailles de la Terre forme notre socle de base (situé à une centaine de mètres de profondeur). A noter qu’à certains endroits (pas à Pécrot), il est apparent : on dit qu’il « affleure », comme p.ex. à Blanmont (Chastre) (d’où son nom de « Socle de Blanmont »). C’est la strate n°1=BLM.

À cette époque, nous ne sommes pas du tout où nous nous trouvons actuellement (c.-à-d. au ±50e parallèle) mais bien plus au Sud : « nous étions quelque part du côté de l’Afrique du Sud ».

Plus tard, il y a ±450 Ma, les plaques tectoniques s’entrechoquent et soulèvent notre pays, formant trois « montagnes » (appelées « anticlinaux ») ; l’Ardenne culminait à 5.000 m. Ces anticlinaux sont : le BRABANT, le Condroz et l’Ardenne, tous trois séparés par la mer. Cette « poussée » est appelée « Plissement Calédonien« … parce que venant de l’Ouest et plus précisément de l’Écosse, dont le nom latin est « Caledonia ».

Encore plus tard, il y a ±350 Ma, une seconde (et dernière) poussée des plaques tectoniques a lieu au niveau de la Belgique, venant du Sud cette fois-ci. C’est le « Plissement Hercynien« , appelé ainsi parce qu’on le retrouve du côté de Harz en Allemagne, dans les « Montagnes de chênes » ; or chêne se dit Quercus en latin. (Les amateurs d’étymologie auront vite fait de rapprocher les mots quercus, Harz et hercynien.) Cette forte poussée n’a cependant pas raison de notre très résistant Anticlinal du BRABANT, fort de ses volcans et énormes « cheminées », véritables « bêtons armés », comme à Quenast (d’où viennent nos célèbres pavés belges). C’est à cause de cette résistance que l’Anticlinal du Condroz se « déchire » en plusieurs endroits, donnant lieu à sa géologie typique (anticlinorium & synclinorium).

Notre Brabant est donc resté très longtemps « au-dessus des mers », contrairement aux régions entre le Condroz et l’Ardenne, baignés par des mers à l’origine des calcaires comme ceux des grottes de Han ou ceux des carrières de nos célèbres pierres bleues et « marbres ». (Soit dit en passant, l’appellation « marbre » est erronée.)

Les deux plissements ci-dessus ont lieu durant l’ère Primaire (Ie = 540-240 Ma).

N°2+3 (GM = Gulpen + Maastrichtien) : Jusqu’il y a ±100 Ma, nous n’avons plus été « sous eau » mais l’anticlinal du Brabant a bien entendu connu un fameux « aplatissement », phénomène appellé « pénéplanation ». Ce n’est qu’à partir de maintenant que va se jouer l’histoire de notre géologie et géomorphologie de Pécrot (et environs bien sûr).

Nous sommes à la fin de l’Ère Secondaire (IIe = 240-65 Ma). Il y a 80 Ma, durant le Crétacé (dernier Système du Secondaire), la mer nous envahit à partir de l’Est et les animaux marins sont à l’origine de dépôts de coquillages et autres, formant d’énormes strates de craie, jusqu’à Grez-Doiceau, dont le sous-sol est crayeux. (Une Compagnie y extrait de l’eau potable desservant la Flandre.) Cette Formation est appelée Gulpen, d’après le nom d’un village (Gulpen = « Galoppe » en français) situé dans la province du Limbourg néerlandais. La Formation Gulpen est l’une des formations de l’Étage appelé Campanien (nom issu de la Champagne-Charentaise en Aquitaine)

Il y a 70 Ma, une nouvelle couche géologique de craie se dépose au-dessus de l’Étage Campanien ; il s’agit de l’Étage Maastrichtien, d’après le nom de la ville de Maastricht, également situé dans la province du Limbourg néerlandais. Tout cela se passe à une époque appelée « Crétacé » par le Belge André Dumont (comme « craie »… on pouvait s’en douter) et qui termine l’Ère Secondaire. Ces deux strates n°2+3 (Gulpen et Maastrichtien) sont « réunies » en une seule dénomination = GM.

Nous voici à l’Ère Tertiaire (65-2 Ma), qui comprend deux « Systèmes » dont le plus ancien est appelé « Paléogène », comprenant lui-même trois « Séries », dont les plus anciennes, Paléocène et l’Éocène, sont très importantes pour notre coin.

N°4 (HAN) : Durant le Paléocène, l’Est de notre pays est toujours sous eau et une couche de sable de ±15 m se dépose sur celles de craie (GM) : c’est la formation de Hannut, du nom de la ville d’Hannut (qui fait partie de l’Étage Landénien, du nom de la ville de Landen). C’est la strate n°4=HAN.

N°5 (KOR) : Durant l’Éocène (±55 Ma), la mer se retire à l’Est… mais pour faire place à une mer venue de l’Ouest. Cette fois, ce n’est plus une couche de craie, ni de sable qui se dépose, mais une « couche de chocopasta », c.-à-d. d’argile, appelée la Formation de Kortrijk, du nom de la ville de Courtrai (qui fait partie de l’Étage Yprésien (nom également imaginé par André Dumont), du nom de la ville d’Ypres ou Ieper). C’est la strate n°5=KOR.

N°6 (BXL) : Toujours durant l’Éocène (±50 Ma) – une très importante époque du Tertiaire, en tout cas pour notre Brabant – la mer nous vient du Nord et arrive jusqu’à Namur. Le Brabant est donc sous eau. Les Vosges et l’Ardenne s’érodent fortement et leur produit d’érosion est charrié vers le Brabant par un gigantesque fleuve : la Meuse, dont la Moselle est encore un affluent. Une énorme couche de sable se dépose, atteignant par endroits ±100 m. Cette couche va jusqu’à Bruxelles et c’est pour cela qu’on appelle cet Étage « Bruxellien »** C’est la strate n°6=BXL.

[** Appelé aujourd’hui « Lutétien », de l’ancien nom de Paris. A ce sujet, rappelons que les Belges ont été parmi les premiers à s’intéresser à la géologie. De très nombreuses appellations géologiques font référence à des localités belges (Bruxellien, Viséen, Namurien, Dinantien, Yprésien, Landénien, Hannut, Kortrijk…) connues des spécialistes du monde entier. Mais petit à petit, on nous « pique nos noms » pour les remplacer par des noms étrangers.]

On peut se demander pourquoi ce sable, vieux de 50 Ma, n’a pas été emporté par les vents et tempêtes.

Explication : les grains de sables s’agglomèrent et des grains beaucoup plus fins de silice, de fer… s’incrustent entre eux, les colmatant pour former des agrégats très solides, appelés indurations (ou pierres de sable, ou rognons de grès). Leur couleur parfois rouille prouve la présence de fer. On en rencontre de nombreuses le long du Circuit Chapelle Robert à Pécrot.

Indurations OU pierres de sable OU rognons de grès.

Grâce à ces indurations, le sable est maintenu en place et résiste aux aléas climatiques.

N°7 (Loess) et N°8 (Alluvions MOdernes) : Voir : https://www.gelura.be/ccr/ccr-0/ccr3-nat-geologie-3-une-veritable-manne-venue-du-ciel.

Conclusion :

À l’Est nous avons de la craie, à l’Ouest de l’argile et au centre du sable. Mais comment peut-on avoir de bonnes récoltes agricoles sur de tels substrats ? (Voir : https://www.gelura.be/ccr/ccr-0/ccr3-nat-geologie-3-une-veritable-manne-venue-du-ciel.)

Bibliographie :https://www.gelura.be/ccr/ccr1/ccr1-his-bibliographie

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