HIS Florival, historique (1) L’abbaye de Florival

Résumé… pour qui n’a pas le temps de lire le texte entier : Selon les sources, l’abbaye a été créée en 1096 ou vers 1215. Des Bénédictines de l’Ordre de Cîteaux y voient d’abord un « Val vert » (Groenendael) puis un « Val fleuri » (Bloemendael), d’où le nom de « Florival ». Par la suite, l’abbaye acquiert plusieurs biens, dont la ferme de la Malhaise (ou Malaise) détruite par un incendie en 1876 (située à quelques décamètres de l’actuel « arbre du rendez-vous’ au croisement des rues Malhaise – Abbaye – Labby). Durant les troubles provoqués par les revendications protestantes et les répressions sanglantes menées par le duc d’Albe, envoyé par le roi d’Espagne Philippe II, l’abbaye, située à proximité des routes empruntées par les troupes, subit leurs exactions. En 1796, les troupes révolutionnaires françaises confisquent les biens ; la communauté est dispersée et les ruines de l’abbaye sont vendues.

1096. Plusieurs hypothèes sont avancées concernant la création de l’abbaye, dont une évoquant le comte Werner de Grez qui, à son retour de Terre sainte, « aurait » fondé une communauté de moniales bénédictines, au lieu-dit Netenburg en 1096. Or, Werner de Grez n’est jamais revenu de la Terre Sainte puisqu’il y est mort en 1100. Un couvent de femmes est créé sous le nom de « Groenendael » = « Vallis vernata » = « Val Vert ». Elles suivent la règle de St‑Benoît et sont donc des Bénédictines. Par la suite, l’abbaye ne se porte pas bien et les religieuses sont expulsées après 100 ans. Deux familles féodales se disputent la propriété et la gestion de l’abbaye.

1214-1218. L’abbaye connait un redémarage. Son nom devient « Bloemedael » =  « Florida Vallis » = « Vallée fleurie » ou « Vallon fleuri »… qui donne enfin lieu au nom de « Florival », ce lieu étant « couvert de fleurs ». L’abbaye aurait été implantée par Bartholomé Lanio, entre 1214 et 1218, sur la rive droite de la Dyle, sous Archennes. L’abbaye est rattachée à l’Ordre de Cîteaux (Bénédictins soucieux de mieux suivre la régle de St-Benoît. L’abbaye est dédiée à la Vierge Marie, comme pour tous les monastères de l’ordre de Cîteaux. Les armoiries représentent une maison sur le toit de laquelle est assise la Vierge Marie, portant son enfant sur le bras gauche. L’abbaye acquiert plusieurs biens fonciers, dont un digne de mention : la ferme de la Malhaise (sur la route entre Pécrot et Bossut), qui totalise 78 ha. D’autres fermes et terrains éparpillés rassemblent ±400 ha.

1218-1792. Au cours de ces quelques siècles, on recense 36 abbesses qui s’y sont succédées. D’une manière générale, l’abbaye n’est pas très prospère. Les religieuses possèdent un jardin de plantes médicinales ; elles travaillent dans les jardins proches de l’abbaye et récoltent les foins le long de la Dyle. L’abbaye posséde un tordoir à huile et un moulin à farine sur la Dyle.  Le tordoir (nom donné à un moulin (à eau p.ex.) sert à presser (« tordre ») les graines et en extraire l’huile. Dans leur moulin, les religieuses broient le grain des paysans, ce qui leur assure leur pain quotidien. Leur ferme leur fournit du lait et des œufs, l’étang des poissons et les moutons la laine qu’elles transforment elles-mêmes. Elles produisent également de la bière.

Tordoir (photo Wikipedia)

1520-1537. Tout comme les Cisterciens, qui sont des Bénédictins de Cîteaux désireux de mieux respecter la règle trop négligée de St-Benoît, l’abbesse de l’abbaye de Val-Duc, Marie de Wittem, 19e abesse (1520-1537), réforme Florival dans le but de revenir à la règle de Saint-Benoît. Elle construit une magnifique chapelle, que finance Charles Quint en leur offrant une grosse somme d’argent.

Monastère. Floridae-vallis.

1578. L’armée de Don Juan d’Autriche (prince espagnol de la famille des Habsbourg, fils illégitime de Charles Quint), gouverneur des Pays-Bas autrichiens) ravage la chapelle et boute le feu au couvent. Les moniales se réfugient à Louvain.

1613. Le couvent est à nouveau habité mais périclite. Faute d’argent, on vend le tableau « La Vierge de Florival », œuvre peinte sur bois, datant du 15e S et d’une valeur inestimable. Une copie existe mais l’original est introuvable. (Marie est assise avec l’enfant Jésus sur ses genoux et à l’aarrière plan, Joseph travaille dans son atelier.)

Sainte Famille, dite « Vierge de Florival », coll. particulière. © C. Périer

1629-1658. Troubles provoqués par les revendications protestantes et révoltes des seigneurs locaux contre la réduction de leur pouvoir au profit de clercs nommés par Philippe II. Répression sanglante menée par le duc d’Albe. L’abbaye de Florival, située à proximité des routes empruntées par les troupes, subit leurs exactions. L’église et une partie des bâtiments sont incendiés. La petite communauté fuit l’abbaye et se disperse, en particulier à Louvain. Les routes sont très dangereuses, les pères abbés n’ont plus accès à l’abbaye, entrainant une baisse de rigueur et une détoriation de la réputation de l’abbaye. La situation financière est désastreuse, les revenus de l’abbaye chutent de près de 90%. A cela s’ajoutent des différends linguistiques : beaucoup de religieuses, originaires de Louvain et de Maastricht, ne parlent que le flamand et la plupart des pères ne les comprennent pas. Le père abbé Dom Van den Heyden, prend des dispositions en autorisant que les dépositions se fassent également en flamand. A cette époque, il n’y avait évidemment aucune « frontière linguistique », cette dernière ne datant que de 1963.

1650. Nouveaux troubles, vols et passages des troupes exigeant des vivres à la communauté déjà appauvrie.

1672. L’abbaye ne perçoit plus le cens (contribution) des fermiers exploitant ses terres, dévastées par le passage des armées. Nouvel exil de la communauté.

1733-1749. L’abbesse Josèphe de la Croix demande la remise du droit de sceau (= droit perçu par l’administration) pour cause de pauvreté. La discipline de la communauté se dégrade fortement.

1755-1769. Sursis sous l’abbesse d’Alexandrine de Culembourg, qui parvient à faire réparer une partie des bâtiments.1769-1789. Gestion efficace de l’abbaye sous l’abbatiat de Ferdinande de Furlong.

1777-1778. L’abbaye figure encore sur les cartes de Ferraris, dessinées ±20 ans avant sa destruction lors de la Révolution Française. A l’Est de l’abbaye existait une ferme, la « Ferme de la Malhaise ».

Ferme de la Malhaise, dans la plaine au Nord‑Est de l’Abbaye. Carte Ferraris 1770-1778, soit une bonne vingtaine d’années avant la destruction de l’abbaye par les Français.

1784. Un inventaire des biens du couvent est dressé sur ordre de Joseph II. Il comprend à Ottembourg : 3 ha de bois, un vivier de 2 ha, une tourbière (N.D.L.R. de quoi se chauffer…) de 2 ha et un moulin à huile. Et à Archennes : un moulin à blé. On divise les biens du monastères en trois lots. 1) Du côté de l’entrée : la ferme, un bâtiment avec une grande salle. 2) Couvent, nouvelles constructions et la chapelle ; la chaapelle étant très fort démolie, les matériaux seront récupérés. 3) Les deux moulins.

1787-1790. La révolution brabanconne jette le pays dans la confusion. L’abbaye se retrouve livrée à elle-même à la mort de l’abbesse.

1791-1796. Les religieuses, après une année sans direction, élisent elles-mêmes la nouvelle abbesse, Ursule de Baulove, qui sera la dernière abbesse d’une abbaye qui vit ses dernières années.

1796. Les troupes révolutionnaires françaises se rendent maîtres des Pays-Bas autrichiens et suppriment l’abbaye de Florival. Les biens du clergé sont confisqués, la communauté est dispersée et les bâtiments de l’abbaye sont vendus comme biens nationaux en 1798.

1798. L’abbaye est supprimée. L’église et les bâtiments conventuels sont rasés afin de récupérer les matériaux. Plusieurs maisons de Pécrot sont construites avec des pierres et briques provenant des restes de l’abbaye. Les bâtiments sont vendus en trois lots pour la somme de 1.375.000 livres, le lot principal est transformé en atelier de blanchissage et de tissage de lin par la famille Cumont.

Aujourd’hui. Les vieilles pierres parlent… Au-dessus du site, une pierre est scellée dans la façade. Ce sont les armoiries de l’Abbaye. La Vierge Marie, avec l’enfant Jésus dans les bras, est assise sur le toit d’un bâtiment dans un pré où les fleurs abondent… « Flori-val ». La devise est : POST TENEBRAS SPERO LUCEM (Après des ténèbres, j’espère en la lumière). Au dessus du porche : PORTA PATENS EST NULLI CLAUDARIS HONESTO (La porte est ouverte, (puisses-tu) ne (te) fermer pour aucun (être) honnête). Ces textes, en latin mais écrites en lettres gothiques, sont fort difficiles à déchiffrer.

En dernier mot concernant la ferme de la Malhaise

Carte de Vandermaelen (1846-54),  ± 75 ans après la carte de Ferraris, on y voit toujours la Ferme de la Malaise, détruite par le feu en 1876. Le nom de « Abbaye » sur la carte de Ferraris est remplacé par « Filature de lin ». On ne voit pas encore le chemin de fer de 1855, soit juste après la création de cette carte.
Carte du dépôt de la guerre (1865-80). On n’y voit plus la Ferme (ou Cense) de la Malaise, complètement détruite par le feu en 1876, mais bien  le nom de « Station de Florival », le chemin de fer ayant été construit en 1855. (N.B. La Carte du dépôt de la Guerre  est le premier levé topographique officiel du royaume de Belgique. Il a été relevé par le Dépôt de Guerre et l’Institut Cartographique Militaire, tous deux prédécesseurs de l’actuel Institut Géographique National.)

Commentaires, amendements … ? gelura@proximus.be, M.-Ch. & J.-Fr. Misonne, https://www.gelura.be/ccr

Bibliographie : https://www.gelura.be/ccr/ccr1/ccr1-his-bibliographie

En particulier : Revue Netradyle. Vers l’Avenir, Joseph Tordoir. Communications personnelles de François-Bernard Oldenhove de Guertechin (arrière-petit-fils de Franz-Bernhard Oldenhove) et de son fils Léon-Hubert).