NAT Apprenons à distinguer les chênes

Résumé… pour qui n’a pas le temps de lire la suite : Nos trois chênes les plus courants sont : le ch. d’Amérique et les deux ch. d’Europe. Le ch. d’Amérique est facile à reconnaître en automne : il a de de superbes feuilles rouges, d’où son autre nom : ch. rouge. Son écorce est assez lisse. Les deux ch. d’Europe se ressemblent fortement. Ils ont une écorce très rugueuse. Les glands du ch. pédonculé sont attachés aux rameaux par de longs pédoncules ; ses feuilles sont attachées aux rameaux par de plus courts pétioles et la base des limbes montre deux petits lobes d’oreilles. Les glands du ch. sessile sont attachés aux rameaux par de courts pédoncules ; ses feuilles sont attachées aux rameaux par de plus longs pétioles et la base des limbes ne porte pas de petits lobes d’oreilles (« sessile n’a pas d’oreilles »). Hélas, comme les deux ch. d’Europe peuvent se croiser entre eux, les arbres hybrides qui en descendent ont souvent des caractéristiques moins tranchées..

Petit rappel botanique indispensable : Le « pétiole » est le petit support de la feuille à la tige. Le « pédoncule » est le petit support de la fleur ou le fruit à la tige.

Le chêne est l’arbre par excellence, l’un des plus longévifs (« longue vie »… jusqu’à 1.000 ans) et très présent dans nos bois. C’est l’un des arbres les plus connus du grand public, amateur ou non de nature. Son nom latin est « QUERCUS ». Il existe énormément de « QUERCUS différents : plus de 450 espèces dont 250 dans notre hémisphère Nord. En dehors des parcs et jardins « aux arbres exotiques », il existe six chênes en Belgique, dont trois sont « très courants » et tout le monde les connait ou les a déjà observés.

Deux sont indigènes (c.-à-d. « issu d’ici »). Le chêne pédonculé et le chêne sessile. Moyen aisé de les distinguer :

1. En observant les glands.

Le chêne pédonculé porte bien son nom : les glands sont fixés à la tige par un pédoncule assez long. Le chêne sessile porte également bien son nom : les glands semblent « assis » sur la tige ; or « assis » se dit (pratiquement) « sessile » en latin.

2. En observant les feuilles.

Comme petite « compensation », chez le chêne pédonculé (pédoncule long), la feuille a un pétiole court. Et chez le chêne sessile (pédoncule court), la feuille a un pétiole long.

Autre moyen mnémotechnique pour les distinguer. Retenez cette petite phrase : « Sessile n’a pas d’oreille« . Observez la base du limbe du chêne sessile… il n’a en effet « pas (de lobe) d’oreille« . Et observez la base du limbe du chêne pédonculé… il a « deux oreilles« .

Mais quelle frustration !! On sait que « Sainte Cécile est la patronne des musiciens »… Quel dommage donc de prétendre qu’elle n’a pas d’oreilles !

Le chêne sessile est héliophile (« qui aime le soleil »… et donc la lumière) mais apprécie un léger ombrage durant les premières années de sa vie. Sur sols pauvres en matières organiques, il a un comportement de pionnier, d’où son autre nom : ch. des pierriers.

Le chêne pédonculé est héliophile (« qui aime le soleil »… et donc la lumière) mais il apprécie les sols frais en permanence, même temporairement inondés ; on le rencontrera donc plus en fonds de vallée. Il aime les sites moyennement riches et s’aventure plus en terrain découvert.

Que de belles théories que celles-là… Mais ces deux espèces s’hybrident volontiers (avec une propension plus forte pour le pédonculé) et du coup, leurs caractéristiques s’estompent.

Une troisième espèce de chêne est également très présente, notamment dans le bois menant de Florival à la Chapelle Robert : c’est le chêne d’Amérique = ch. rouge, Quercus rubra en latin (rubra = rouge). Il s’agit d’une essence introduite… et donc devenue assez « indésirable », ne supportant pas les sols calcaires ; elle se porte donc très bien dans le coin de Pécrot, pas calcaire pour un sou. On distingue très facilement ce chêne par ses feuilles longuement pétiolées, très grandes et fort découpées, prenant des couleurs magnifiques et flamboyantes en automne. Son écorce est lisse et grisâtre, donc très facile à différencier des deux autres chênes (appelés « chênes d’Europe » par opposition au chêne d’Amérique).  Ses tiges sont droites, contrairement à celles de ch. d’Europe, plus enchevêtrées. La production des glands se produit tous les deux ans contrairement aux chênes sessile et pédonculé (production annuelle). Il a été introduit dès 1724 et résiste bien à la pollution et à la sécheresse, mais il a tendance à devenir envahissant et à supplanter les espèces locales.

Que de noms différents !

 Dans les langues romanes, on a donné un tas de noms différents pour des mêmes chênes (noms « vernaculaires »), contrairement aux langues anglo-saxonnes.

Mais d’où vient donc le nom « chêne » ? Du gaulois ‘cassanos’ qui signifie « entremêler », vu que les branches du chêne (d’Europe, pas d’Amérique) sont entremêlées. « Chêne » signifie donc « arbre enchevêtré ».

Chêne pédonculé (gland attaché à la tige par un pédoncule) = ch. femelle = ch. blanc = ch. d’été (du moins en néerlandais = ZOMEReik). C’est le plus « robuste » des chênes. D’où son nom latin Quercus robur, puisque robur signifie « robuste ».

Chêne sessile (gland « assis » (« assis » = « sessile ») sur la tige) = ch. mâle = ch. noir = ch. d’hiver (du moins en néerlandais = WINTEReik) = ch. rouvre (OUPS!!!… rouvre vient du latin ‘robur’ (robuste) mais ce nom latin est réservé à l’autre chêne… le pédonculé) = ch. des pierriers (parce que plus présent dans des amoncellements de pierres). D’où son nom latin Quercus petraea.

C’était l’arbre le plus sacré des Druides, tout comme leur gui, extrêmement rare sur un chêne ; d’ailleurs, le nom « druide » vient du nom « chêne » puisqu’en grec, cet arbre s’appelle ‘drûs’.

Feuilles caduques, marcescentes ou persistantes ?

1. La plupart des chênes sont à feuilles caduques, c.-à-d. qu’elles meurent ET tombent en automne. Ex. le chêne pédonculé ; en d’hiver, il n’a plus de feuilles… et c’est pour cela que les Flamands l’appellent « chêne d’été ». 2. D’autres chênes sont à feuilles marcescentes, c.-à-d. qu’elles meurent MAIS ne tombent pas toutes en automne. Ex. le chêne sessile ; en hiver, il lui reste encore des feuilles (brunes bien sûr) … et c’est pour cela que les Flamands l’appellent « chêne d’hiver ». (Tout cela est très beau en théorie… mais on a parfois un peu de mal à le vérifier « de visu »☺.) 3. Enfin, il y a des chênes à feuilles persistantes, même en hiver leurs feuilles sont vertes. Ex. le chêne vert, ainsi que le chêne liège.

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