NAT Distinguons pin sapin épicéa… et jouons aux chiffres

Résumé… pour qui n’a pas le temps de lire la suite : Les épicéas et les sapins portent leurs aiguilles « en goupillon ». Les aiguilles de l’épicéa piquent, mais pas celles du sapin. Les cônes de l’épicéa sont pendants, mais ceux du sapin sont dressés. Les pins portent leurs aiguilles « par petits paquets de 2, 3, 5 ou 8 aiguilles ». Le pin sylvestre par 2, tortueuses et de <7 cm. Le pin noir (ou d’Autriche) par 2, droites et de >10 cm. Le tronc du pin sylvestre est tortueux et orangé vers le haut ; celui du pin noir est droit et gris. Le mélèze et le cèdre portent leurs aiguilles par petits paquets de >20. Le mélèze est caduc, le cèdre non.

Et si nous essayions de faire un très grand saut dans le passé ! Si lointain… que nous ne parlons pas en années, ni en milliers d’années, mais en millions d’années, dont l’unité s’écrit Ma.

Mais faisons cela « à la grosse louche ». L’Univers a 14.000 Ma (= 14 milliards d’années). Le Soleil et ses planètes ±1/3 de cet âge, soit 4.600 Ma (= 4,6 milliards d’années). Prenons 1/10 de cet âge, soit ±500 Ma… ; c’est seulement à partir de cet âge de la Terre qu’on commence à « vraiment en parler ».

Regardons ce croquis un peu rébarbatif… mais qui le sera moins en lisant ces quelques explications.

Acceptons le principe (cuisine interne des auteurs de ce site…) comme quoi « 2BP » signifie « Plante ». (M.-Ch. & J.-Fr. Misonne)

Il y a seulement 135 Ma apparaissent nos premiers « arbres feuillus ».

Le Ginkgo, que nous connaissons tous, était deux fois plus vieux, soit 270 Ma ; il ne fait pas du tout partie du groupe de l’immensité des plantes que nous connaissons (« embranchement » appelé Angiospermes).

Il y a 340 Ma naissent les premières fougères, immenses « arbres », qui se sont transformées en charbon, pétrole, gaz…, d’où le nom « Carbonifère ». (Quand on pense que la Terre à « fabriqué » du pétrole durant 200 millions d’années et que nous, humains, le consommons en un million de fois moins de temps, soit 200 ans… on pousse un lourd soupir !)

Il y a 340 Ma naissent les premiers GYMNOSPERPES, encore appelés PINOPHYTA ou CONIFÈRES ou RÉSINEUX… C’est à ceux-ci que nous consacrons ce paragraphe. Appelons les « conifères » par la suite. « Conifère » signifie « qui porte des cônes (ou « pommes de pin »).

Dans nos forêts, et surtout parcs et jardins, nous en observons des dizaines d’espèces ! Mais DEUX (ou TROIS) seulement sont indigènes : le genévrier et l’if (et peut-être le pin sylvestre).

A quoi faut-il être attentif quand on cherche à identifier les conifères ? 1. Au port de leurs aiguilles (voire des feuilles). 2. À leurs « cônes » (ou « pommes de pin »).

I. Si les « feuilles » sont squamiformes (comme des petites écailles les unes contre les autres… en imaginant des minuscules tuiles sur un toit), on est dans la famille des Cypéracées (voir ci-après).

II. Si les « feuilles » sont des « aiguilles » AVEC pétiolule (petit pétiole), on est dans la famille des Taxacées (voir ci-après).

II. Si les « feuilles » sont des « aiguilles » SANS pétiolule, on est dans la famille des Pinacées (voir ci-après).

I. Cypéracées : Deux espèces sont présentes « un peu partout » : le thuya (ThuJa en latin) et le faux-cyprès (Chamaecyparis en latin). Pas simple de faire la différence entre eux, sinon par leurs cônes. Le faux-cyprès fait apparaitre des « lignes blanches » à la face inférieure des feuilles ; le thuya des « plages blanches ». La différence des cônes entre les deux est plus aisé pour les identifier.

II. Taxacées : une espèce bien de chez nous, l’if (nom latin Taxus baccata). Contrairement aux représentants des Pinacées, l’aiguille de l’if possède un minuscule pétiole, appelé pétiolule.

Bon à savoir :

– D’où vient le nom d’espèce « baccata » qui signifie, comme on peut l’imaginer « baie ». Parce que le « cône » de l’if ressemble à une baie… mais ne l’est pas du tout !

– Nos ancêtres les Anciens Belges… On a tous appris les noms de leurs tribus à l’école primaire : Les Ménapiens, les Nerviens, les Éburons…

Ménapiens, Éburons… les « Anciens Belges ».

Mais pourquoi « Éburons » ? Dans notre « plus ancienne langue » commune, l’indo-européen (voir https://www.gelura.be/ccr/ccr2/ccr2-nat-geologie-4-influence-sur-notre-agriculture-et-nos-langues/), le nom de l’if est *eiwa… qui a abouti (même si ça ne semble pas évident) à deux mots :
Le premier est ‘iwa’ « if ».
Le second est ‘iuos’ « if » qui a donné plus tard le nom ‘eburos’.
Et ‘eburos’ « if »+ uices (du latin vincere « vaincre ») a donné ‘eburovices’ « vainqueurs grâce à l’if ». De fait, les Éburons utilisaient l’if, très élastique, pour fabriquer leurs arcs et lances… qui leur permettaient de « vaincre ». (Source : Henriette Walter)

– A partir de l’écorce de l’if, des chercheurs ont extrait un médicament anti-cancéreux.

III. Pinacées : FAMEUX chapitre !!!

Avant tout cet important rappel pour qui ne le saurait pas. Notre SAPIN DE NOËL n’est PAS un sapin mais un épicéa ! Du moins avant qu’on ne l’ait remplacé par des Nordmann et toutes sortes d’autres « sapins de Noël ». Vous allez aisément comprendre pourquoi… parce que notre « sapin de Noël » PIQUE alors que le sapin ne pique pas. L’épicéa, lui… il pique et c’est précisément lui qu’on utilise comme sapin de Noël !

Pour nous y retrouver, posons-nous trois questions : A) Est-ce que les « aiguilles » sont disposées en forme de « goupillon » ? 2. B) Sont-elles regroupées par petits paquets de 2 ou 3 ou 5 ? C) Ou sont-elles regroupées par petits paquets de plus de 20 ?

– Aiguilles disposées en « goupillons« .

Si les aiguilles « piquent », il s’agit d’un épicéa. Il a un grand cône (pomme de pin) pendant, et que l’on ramasse par terre.

Si les aiguilles « ne piquent pas », il s’agit d’un sapin. Il a des cônes dressés, dont les graines (pignons) sont dispersées ; le cône se décompose sur l’arbre sans tomber au sol.

– Aiguilles regroupées par paquets de 2, 3, 5…

Si elles sont par 2, un peu tortueuses et de taille inférieure à 7 cm, il s’agit du pin sylvestre. Le tronc est tortueux, gris dans le bas et devient orange dans le haut.

Si elles sont par 2, droites et de taille supérieures à 10 cm, il s’agit du pin noir (= p. d’Autriche). Le tronc est gris du bas en haut et droit ; on l’employait jadis pour étançonner les mines… parce qu’en pliant, « le bois pleurait », il se faisait donc entendre et les mineurs fuyaient, conscients que la galerie allait s’effondrer.

Si elles sont par 5, il s’agit du pin de Weimouth. Ses cônes sont très grands, avec des plages résineuses « très collantes ».

JOUONS avec les CHIFFRES…

Il existe également des pins avec des petits paquets de 3 ou 8 aiguilles. Un hasard ? Non ! Voyez cette suite de chiffres : 1, 2, 3, 5, 8, 13, 21, 34… Prenez les deux chiffres précédant un troisième ; 1+2=3, 1+3=5, 3+5=8, 5+8=13… C’est ce qu’on appelle « la suite de Fibonacci ». On la retrouve très souvent dans la nature. Comme on vient de le voir, dans le nombre d’aiguilles « par paquet » chez le pin. Mais également dans le cas de la pomme de pin elle-même ; p.ex., on trouve 13 spirales rouges allant dans le sens des aiguilles d’une montre, et 8 vertes dans le sens opposé, ces deux nombres appartiennent bien à la suite de Fibonacci.

– Aiguilles regroupées par paquets de >20

Si les aiguilles sont caduques (elles tombent avant l’hiver et repoussent au printemps), il s’agit mélèze. On voit de nombreux mélèzes le long de la Verte Voie, un peu en dehors de notre Circuit Chapelle Robert à Pécrot.

– Si les aiguilles sont persistantes (elles ne tombent en hiver), il s’agit du cèdre.

Commentaires, amendements … ? gelura@proximus.be, M.-Ch. & J.-Fr. Misonne, https://www.gelura.be/ccr/