NAT Pinson des arbres

Dernièrement, on lançait une boutade en évoquant l’idée comme quoi « l’ortie ne pique pas quand elle est en fleur », chose totalement erronée puisque cela reviendrait à confondre deux plantes différentes : l’ortie et le lamier.

Tant qu’on y est, allons-y pour une seconde boutade, en disant qu’on peut distinguer un pinson wallon d’un pinson flamand. Peut-être pas tout à fait « boutade »… puisque le pinson chante différemment dans le Nord ou dans le Sud de notre chère Belgique… mais quand-même pas vraiment à la frontière linguistique !

Rappelons, si besoin était, que les oiseaux d’une même espèce ont « des dialectes géographiques différents ». Quand on fait entendre le chant d’un pinson enregistré au Portugal ou en Suède à « nos pinsons », ils ne comprenant pas grand chose. Ce « dialecte » existe également « à l’intérieur de notre pays ».

Nous parlons bien du « pinson des arbres », Fringilla coelebs en latin et ‘vink’ en néerlandais.

Femelle du pinson des arbres.

Écoutons deux « versions » de chants de nos pinsons via le lien https://www.gelura.be/wp-content/uploads/2021/02/Fringilla-coelebs.-Demo.mp3

Ces deux pinsons ont une semblable « introduction » de chant mais le premier a une « finale descendante » (qu’on appellera ‘tidju’) et le second une « finale montante » (qu’on appellera ‘suskewiet’). Réécoutons-les pour nous en persuader.

« Dis-moi donc pinson, ton chant se termine-t-il plutôt par un ‘tidju’ descendant (Sud du pays) ou par un ‘suskewiet’ montant (Nord du pays) ? »

Jadis en Flandre, on organisait des sortes de « The Voice Ornitho » pour sélectionner les meilleurs chanteurs… qui se vendaient d’ailleurs à des prix exorbitants. Les plus prisés étaient ceux qui terminaient leur chant par ‘suskewiet », alors que les « tidju » étaient exclus du concours.

Ces concours se tenaient essentiellement en Flandre Occidentale. Le dimanche matin, on arrêtait la circulation pour éliminer tout bruit et mieux entendre les pinsons. Les Flamands ne parlaient pas de « suskewiet » et « tidju » mais de « suskewiet » (montant) et « suskewaal » (descendant). Les participants tenaient un bâton sur lequel ils faisaient une encoche chaque fois que le pinson du voisin chantait. En fin de concours, le vainqueur recevait un prix… et pouvait vendre son champion pour un bon prix. Mais comme il importait de remporter le prix d’année en année, on gardait souvent son pinson… pour qu’il apprenne à bien chanter à la nouvelle génération.

Ces concours de chants de pinsons n’ont plus lieu et font donc partie de l’histoire de notre pays. Tant mieux d’ailleurs, car il faut voir le revers de la médaille ! La capture et la mise en cage de ces oiseaux est interdite aujourd’hui. Mais surtout, on considérait que les pinsons chantaient mieux dans le noir et, partant de cette théorie absurde, on les enfermait dans des cages étroites à l’abri de la lumière. Parfois même, comble de l’horreur, on leur crevait les yeux pour qu’ils chantent plus et mieux.

Autre particularité valant la peine d’être contée… l’origine du nom latin du pinson des arbres : Fringilla coelebs.

Disons avant tout que les pinsons sont des migrateurs « partiels ». C.-à-d. que nombre d’entre eux restent dans leur zone de nidification (de fait, en hiver on les voit au pied de nos mangeoires, se nourrissant des graines qu’ont fait tomber les mésanges). D’autres pinsons migrent vers des régions au climat plus clément. Lorsque les mâles reviennent, ils précèdent les femelles… et c’est cette caractéristique qui explique le nom binomial, tant ‘Fringilla‘ que ‘coelebs‘.

Fringilla <°Lat. ‘frigus’ « froid » parce que le mâle nous revient quand il fait encore froid, « pour préparer » la venue de la femelle, qui migre un peu plus tard. Il est donc « célibataire » pendant un petit temps… comme l’explique la deuxième partie de son nom latin.

Coelebs <Gr. κοιτη ‘coïtè’*** « lit » + λειπω ‘leipô’ « quitter » = « quitter le lit » puisque le mâle a « quitté le lit » avant la femelle pour préparer sa venue. (N.B. On comprend aisément que les mots « coelebs » et  « célibataire » ont la même étymologie). ***Remarquons que ‘coïtè’ et « coït » n’ont aucune racine commune : de fait « coït » est issu du latin ‘cum’ « avec » + ‘ire’ « aller » = « aller ensemble, s’accoupler ».

Quant aux noms français « pinson » et flamand ‘vink », ils ont la même étymologie et constituent une onomatopée évoquant le chant du pinson, issu de l’indo-européen *pingos.

Commentaires, amendements … ? gelura@proximus.be, M.-Ch. & J.-Fr. Misonne, https://www.gelura.be/ccr

Bibliographie : https://www.gelura.be/ccr/ccr1/ccr1-his-bibliographie

Merci à Diane, autrefois habitante des environs de Roulers (Roeselare), de nous avoir raconté ses souvenirs d’enfance au sujet des concours de chants de pinsons.