NAT Charme ou hêtre ? Le CHARME d’Adam, musclé, est d’HÊTRE poilu…

Résumé… pour qui n’a pas le temps de lire la suite : Bien que les troncs et les feuilles du charme et du hêtre se ressemblent, on les différencie par le bord des feuilles, denté chez le charme et entier mais ondulé et poilu chez le hêtre. Quant au tronc, il est lisse pour les deux arbres mais a une allure plus « musclée » chez le charme.

« Le charme d’Adam musclé, est d’être poilu »… où « Adam » doit s’écrire « à dents« . Combien de guides-nature ne citent pas cette phrase mnémotechnique quand ils expliquent aux promeneurs la différence entre le charme et le hêtre (qu’ils soient « arbre ou « haie »).

Disons avant tout que le charme et le hêtre, bien qu’assez ressemblants, n’appartiennent pas à la même famille botanique (voir plus loin).

Feuille

Voici une feuille de charme (à gauche) et une feuille de hêtre (à droite). On pourrait les confondre ; surtout quand les bords de la feuille du hêtre sont fort « gondolés », donnant l’impression d’être « dentés ». Le bord de la feuille du charme est « réellement denté » alors que celui du hêtre est « entier » (mais ondulé).

Photos M.-Ch. & J.-Fr. Misonne

Bord de feillle

En regardant de près le bord de la feuille du hêtre, on voit qu’elle porte des poils. D’où cette explication : « Le charme est « à dents » et le le hêtre est « poilu ». Ou… pour mieux le retenir : « Le charme d’Adam est d’être poilu ».

Photo de droite : Internet

Tronc

Il est difficile d’identifier les arbres à partir d’une clef de détermination basée sur l’écorce, cette dernière évoluant tant avec l’âge de l’arbre. Disons « à la grosse louche » qu’il y a les arbres à écorce rugueuse (chêne, pin…) et les arbres à écorce lisse (hêtre, charme, bouleau…). Le charme et le hêtre ont une écorce lisse, mais en observant la silhouette de leurs tronc, on constate que le celui du charme est comme « musclé » alors que celui du hêtre est plus régulier.

En conclusion : le charme est « musclé ». Ou encore : « Le charme d’Adam, musclé, est d’être poilu« .

Photos : Internet

Bourgeons (en hiver)

Vous connaissez bien sûr les CHTIS… grâce au film de Dany Boon. Mais connaissez-vous les CHTON ?

Facile ! CHTON est l’acronyme de Charme Hêtre Tilleul Orme Noisettier. Que peuvent bien avoir en commun ces cinq arbres ? Ils ont des feuilles qui se ressemblent plus ou moins, avec toutes leurs nuances évidemment. Mais en hiver, leurs bourgeons ont une caractéristique commune : ils sont distiques (du grec δίς ‘dis’ « deux » + στίχος ‘stíkhos’ « rang » = « placé sur deux rangs, c.-à-d : dans un même plan ». Les arbres feuillus à bourgeons alternes et distiques sont les CHTON. (Contrairement aux arbres à bourgeons alternes mais spiralés (donc NON distiques), comme les châtaigner, chêne, aulne, bouleau, saule, peuplier, cerisier & merisier etc. Et ceux à bourgeons opposés, comme les marronnier, érable, frêne, sureau etc.)

En hiver, quand il n’y a pas de feuilles (ou peu dans le cas de marcescence), outre le caractère distique du port de leurs bourgeons, le charme et le hêtre se distinguent par la forme et la position de leurs bourgeons. Les bourgeons du charme (à gauche de l’image) sont ovoïdes-allongés, à pointe incurvée vers le rameau, longs de moins de 10 mm, peu écartés voire accolés au rameau. Les bourgeons du hêtre (à droite de l’image) sont fusiformes et effilés, longs de plus de 12 mm, très écartés du rameau.

Photos : Internet

Les fruits… plus d’hésitation possible pour distinguer le charme du hêtre

En « ceuillant » les fruits ou en les ramassant au pied du charme ou du hêtre, toute hésitation est dissipée.

Charme : Les enfants aiment « jouer à l’hélicoptère » en  laissant tomber le fruit du charme. Ce fruit s’appelle samare ou plutôt disamare, parce qu’il y a un « double samare » (le mot latin ‘samara’ signifie tout simplement « semence d’orme », dont les fruits sont semblables). Les samares sont des akènes (fruit sec… comme un grain de blé) possédant une « aile » (expansion membranaire) favorisant leur dispersion par le vent (anémochorie).

Disamare, http://www.snv.jussieu.fr/bmedia/Fruits/erable.htm
Inflorescence, « grappe » de samares. https://www.pinterest.fr/pin/11329436547860875/

Hêtre : Le fruit du hêtre s’appelle faîne. Les faînes sont des akènes dont la paroi (le péricarpe) est dure et ne s’ouvre pas pour libérer les graines. Chacune contient une seule graine. Elles sont enfermées 2-4 dans une cupule ligneuse hérissée d’épines recourbées molles, qui s’ouvre par (3)-4 fentes (parfois 3) pour former autant de valves. La cupule poilue n’est donc pas le fruit à proprement parler mais c’est elle qui renferme les fruits.

Faînes de hêtre dans leurs cupules. https://fr.wikipedia.org/wiki/Fa%C3%AEne

Famille botanique du hêtre : FAGACÉES

On ne le dira jamais assez : la connaissance des langues (français et néerlandais en particulier pour nous, Belges) et de l’étymologie nous permettent d’économiser notre mémoire. En voici quelques exemples.

En latin, le nom du hêtre est FAGUS et sa famille s’appelle FAGACÉES. D’où vient le mot « fagus » ? On connait tous les mots « chronoPHAGE » = « mangeur » de temps » ou « anthropoPHAGE » = « mangeur d’hommes ». FAGUS signifie donc « manger »… et de là « COMESTIBLE ».

Les Grecs et les Romains donnaient le nom « PHAGE » à des arbres dont les fruits étaient « COMESTIBLES » : faînes du hêtre, châtaignes du châtaigner, glands du chêne (encore que dans ce dernier cas…). Ces trois arbres font partie de la famille des FAGACÉES (qui compte ±1.000 espèces… dont les fruits ne sont bien sûr pas tous comestibles).

Autres mots apparentés à « fagus » : Faîne (ou faine) (le fruit du hêtre) issu du latin « (glans) fagina » = « (gland) du hêtre ». Fouine issu du latin « (mustela) fagina » = « (belette) du hêtre » parce que la fouine est friande de faînes. Fou = Fau = Fayard issu du latin « fagina » (ex. Les faux de Verzy en Champagne. Fouet, diminutif de fou (= hêtre), petite baguette de hêtre… destinée à « fouetter« . Quant au mot fagot, il pourrait être dérivé de « fagus » mais cette hypothèse ne fait pas l’unanimité.

Quant à la traduction du mot « hêtre » en néerlandais : « beuk« , c’est encore une belle histoire de langues. On connait la correspondance habituelle entre les initiales /w/ et /g/ dans les langues germaniques et le français (Wad <> Gué, Willem <> Guillaume…). De même, le « F » latin peut correspondre au « B » anglo-saxon : Folium (feuille) = Blad, Flos (fleur) = Bloem… de même que Fagus (hêtre) = Beuk. (Source : Huguette Walter.)

Mais quel rapport peut-il exister entre « un arbre et un livre » en français… et « beuk et boek » en flamand ?

Français : En latin, « liber » est la pélicule entre l’écorce et le bois, sur laquelle on écrivait avant la découverte du papyrus. Par métonymie, il a désigné le « livre » en français.

Source Internet

Néerlandais ou plutôt allemand  : Le mot allemand « Buch » (hêtre) a conduit au flamand « beuk » (hêtre) puis à « boek » (livre). On écrivait bien sûr sur le même « liber » mais appelé « tablette » ou « Stabe » en allemand.  Partant de la « tablette » (Stabe) du « hêtre » (Buch), on écrivait donc sur sur un « Buchstabe » (liber du hêtre). (Anecdote : « épeler » se traduit par « buchstabieren » en allemand.)

Le plus amusant… c’est que le mot « Buch » ou « boek » a été repris en français. De fait, quand vous lisez un livre vous… « bouquinez » ☺.

Famille botanique du charme : BETULACÉES

Betula est le nom latin du bouleau. C’est lui qui a donné son nom à la famille botanique Betulacées, auxquels appartiennent… le bouleau, l’aulne… et le charme (et bien d’autres évidemment).

Le nom flamand du charme est « haagbeuk », signifiant « hêtre de haie » car on utilise souvent le charme pour faire des haies… et parce que le charme ressemble au hêtre comme on vient de le voir.

Le nom latin du charme est Carpinus betulus. « Betulus » pour marquer la proximité entre le charme et le bouleau. Quant au mot « Carpinus », il nous renseigne sur l’usage qu’on faisait jadis du charme : la fabrication de jougs pour les attelages de bœufs. Le nom « carpinus » est issu du celte ‘karr’ « bois » + ‘penn’ « tête » = « bois de tête » ou encore « bois pour unir deux têtes de bœufs ». N.B. « unir » se dit « jugare » en latin… d’où le mot « joug ». Le bois de charme étant très résistant, il était de fait utilisé pour fabriquer des essieux, des dents d’engrenage de moulins… et des jougs.

Dessin Emmanuel Mercier – Archives Larousse

Autres mots apparentés à « charme » : Charmaie = lieu planté de charmes. Charmille = pépinière de charmes, puis plus généralement berceau de verdure, même s’il n’est pas constitué de charmes.

Commentaires, amendements … ? gelura@proximus.be, M.-Ch. & J.-Fr. Misonne, https://www.gelura.be