NAT Que de ronces dans ce bois !

Qui dit ronce, dit « passage impossible »… mais également « délice lors de balades estivales », tant leurs mûres sont bonnes à manger.

Mûre ? Vraiment ? Pour être exact, appelons le fruit de la ronce « mûron » plutôt que « mûre », qui est le fruit d’un arbre, le Mûrier noir (Morus nigra). (N.B. Le mûrier blanc sert à nourrir… le ver à soie.)

Donc… le mûron est le fruit de la Ronce (Rubus fruticosus… et bien d’autres espèces), proche cousine du Framboisier (Rubus idaeus).

Il est très difficile de parler de la ronce, tant ce « genre » (Rubus) est complexe. Pour rappel, chaque être vivant (qu’il s’agisse d’un animal, d’un champignon ou d’une plante) est désigné par une « nomenclature binomiale » = nom de genre + nom d’espèce. Souvent, un « genre » concerne un nombre d’espèces limité ; ex. Morus nigra = mûrier noir et Morus alba = mûrier blanc. Mais le genre Rubus compte plus de 50 espèces en Belgique et 2.000 dans le monde. De plus, les ronces s’hybrident facilement entre elles, rendant pratiquement impossible leur identification précise. Seuls quelques grands spécialistes peuvent se vanter de les reconnaître. (Pas nous…)

Il n’est pas aisé de décrire avec exactitude leur cycle de vie; ce que nous tâchons de faire ci-après, sachant que cela peut faire l’objet de débats…

Reproduction sexuée de la ronce

Le mûron est constitué de petites drupes (v. plus loin) qui contiennent chacune deux ovules dont l’un avorte. Chaque drupe compte donc une graine. Les dispersions des graines est assurée par gravitée (chute des fruits) mais également par d’autres moyens naturels :  oiseaux, renards, fouines, martres… qui se nourrissent des mûrons.

Multiplication végétative de la ronce

Celle-ci se fait par bouturage, drageonnage ou marcottage.

Bouturage :

Quand on coupe les ronces, des morceaux tombent par terre et, pour autant qu’ils soient recouverts de terre, ils peuvent reprendre vigueur.

Drageonnage :

La formation de drageons se fait à partir de racines latérales, donc en-dessous de la terre et non au-dessus comme pour le marcottage. Les drageons peuvent émerger d’une profondeur de 45 cm. On observe en moyenne 3 drageons par m².

Marcottage :

La Ronce est une plante ligneuse, c.-à-d. « de la nature du bois », à l’instar des arbres. Mais ses tiges sont trop minces que pour pousser droit comme un arbre ; elles retombent donc en arc de cercle et touchent la terre où elles prennent racines. Cette forme de multiplication s’appelle « marcottage ». L’année suivante, rebelotte : de l’endroit où la ronce à marcotté (et qu’on appelle « marcotte ») pousse une nouvelle tige.

Cycle de vie de la ronce par marcottage

Depuis le « pied parent » (année « 0 ») apparaissent donc une première marcotte (année « 1 ») puis une deuxième (année « 2 ») et ainsi de suite.

La première année, la tige est verte et ne porte que des feuilles à 5 folioles… mais pas de fruits.

Première année : Feuille composée de la ronce à 5 folioles ; pas de fruits.

La deuxième année, la tige est verte et porte des feuilles à 3 folioles… ainsi que des fruits.

Seconde année : Feuille composée de la Ronce à 3 folioles et fruits

Moyen mnémotechnique… Admettons que la première année, la ronce met toute son énergie dans le développement de 5 folioles mais pas de fruits. Et que la seconde année, elle ne met son énergie dans le développement de 3 folioles seulement… mais également dans celui de mûrons (les fruits).

La troisième année, la tige n’est plus verte ; elle est brune et morte… et ne porte ni feuilles si fruits, sinon ses nombreuses épines.

Voici, de manière schématique, le cycle de vie (par marcottage) de la ronce.

Cycle de vie de la Ronce

Ce grand amas de tiges mortes et vertes, toutes épineuses, rend le passage particulièrement difficile.

A titre d’information… Comment savoir si on a affaire à une feuille entière ou feuille composée… de folioles ? A la base du pétiole de toute feuille, il y a un bourgeon axillaire. Si on ne voit pas de bourgeon axillaire, il s’agit de la foliole d’une feuille composée ; le bourgeon axillaire est situé à la base du pétiole de celle-ci.

Bourgeon axillaire d’une feuille entière OU d’une feuille composée.
FRUIT. Mûre (= mûron) et fraise : quelles différences ?

Intéressons-nous au délicieux fruit de la ronce, la mûre… ou plutôt le mûron, rouge avant maturité et noir à maturité. Le mûron est un fruit « composé » : il est formé d’un ensemble de petites « drupes » accolées les unes aux autres.

Remarques : drupe ou baie ?

1) Chez la « drupe », la « graine » est entourée d’un endocarpe dur, ligneux ; il s’agit d’un NOYAU. Ex. cerise, prune, abricot….

2) Chez la « baie », la « graine » est entourée d’un endocarpe souple, membraneux ; il s’agit d’un PÉPIN. Ex. tomate, groseille, raisin…

En mangeant une mûre (= mûron), on croque donc sur de multiples… noyaux.

Comme nous l’avons déjà vu (https://www.gelura.be/ccr/ccr23/ccr23-nat-fleurs-puis-fruits/), le « vrai fruit » est issu uniquement de la transformation de la fleur. Alors que le « faux fruit » est issu de la transformation de la fleur PLUS une autre partie de la plante, p.ex. le réceptacle. La pomme est un « faux fruit » : ce que nous en « mangeons » ne vient pas de la fleur (sauf si on mange le trognon) mais du réceptacle sur lequel elle était accrochée.

Voici le fruit de la ronce (ou du framboisier) :

Source : https://www.gelura.be/wp-content/uploads/2020/11/De-la-fleur-au-fruit.-APD-151210.pdf)

Sur ce schéma, on voit en vert (en dessous) les sépales (le calice), en rouge (juste pour le dessin) les pétales (la corolle), en jaune les étamines (organes mâles) et en vert (en forme de petits vases) les carpelles avec leurs ovaires. Une fois pollinisée chaque carpelle se transforme en fruit, appelé « drupe » ou « drupéole ». Le fruit (= mûron) est donc un « polydrupe ».

En orange, on voit une partie de la plante qui ne fait pas partie de la fleur : il s’agit du réceptacle. Quand on cueille le mûron, le réceptacle reste attaché au pédoncule. Ne reste donc que le fruit issu uniquement de la fleur. Le mûron (tout comme la framboise) est donc un « vrai fruit ».

Et voici le fruit du fraisier :

Source : https://www.gelura.be/wp-content/uploads/2020/11/De-la-fleur-au-fruit.-APD-151210.pdf)

Sur ce schéma, on voit en vert (en dessous) les sépales (le calice), en rouge (juste pour le dessin) les pétales (la corolle), en jaune les étamines (organes mâles) et en vert (en forme de petits vases) les carpelles avec leurs ovaires. Une fois pollinisé, chaque carpelle se transforme en fruit, appelé « akène ». Le fruit (= fraise) est donc un « polyakène ».

En orange, on voit une partie de la plante ne faisant pas partie de la fleur : il s’agit du réceptacle. Quand on cueille la fraise, on cueille le réceptacle, qui constitue la partie charnue du fruit, sur laquelle sont portés des petits points blancs qui sont les graines du fraisier. La fraise est donc un « faux fruit ».

Lieu de nidification ou de protection

Le roncier (= buisson de ronces) constitue un magnifique refuge et lieu de nidification pour certains oiseaux, comme la fauvette à tête noire. Il est également la plante hôte de certains papillons.

Amateurs de la ronce

Le chevreuil broute volontiers la ronce, c’est une des ses ressources en hiver. Une forte densité (2 chevreuils/10 ha) peut stopper localement son extension.

Commentaires, amendements … ? gelura@proximus.be, M.-Ch. & J.-Fr. Misonne, https://www.gelura.be/ccr