NAT Coucou… me revoilà

Coucou gris. Nom latin : Cuculus canorus (le latin ‘canor’ signifie « mélodie »).

Noms français, néerlandais, anglais, italien, espagnol, allemand… : « coucou », ‘koekoek’, ‘cuckoo’, ‘cuculo’, ‘cuco’, ‘Kuckuck’… comme on pouvait s’y attendre.

D’avril à juin, on l’entend très régulièrement chanter près de l’étang de Pécrot.

Le Coucou (source : Wikipedia).
  • Migration… « Heureux qui comme Ulysse… » ?

Ulysse a fait un long voyage, c’est bien connu. Mais une seule fois dans sa vie. Le Coucou le fait deux fois par an. Celui d’Ulysse a duré plusieurs années, celui du Coucou quelques jours. Un seul voyage du Coucou peut dépasser 10.000 km si on considère la distance « Afrique du Sud – Scandinavie », plus long que celui d’Ulysse.

Tout cela en solitaire pour le Coucou, plutôt qu’en groupe chez d’autres migrateurs. C’est durant le mois d’avril que le Coucou nous revient, en chantant un beau matin, perché sur une branche : « coucou coucou ».

Pas étonnant, comme le racontait un dessinateur de bande dessinée dans l’une de ses planches, que le coucou « fatigué par ce long voyage » n’ait plus le courage de travailler et fasse faire la couvaison et le nourrissage de ses petits par d’autres espèces d’oiseaux de plus petite taille, comme les rousseroles, les bergeronnettes, le rougegorge, le rougequeue, le phragmite, l’accenteur et même le minuscule troglodyte.

Et comme dirait l’autre : « Comment voulez-vous qu’il couve, s’il doit nous donner l’heure à tout moment ? »

Pendule coucou… davantage inspirée par son chant que par son mode de vie bien sûr. (Source Internet)
  • Étymologie du nom du coucou

Pour ceux qui s’intéressent à la richesse de notre vocabulaire, voici sans doute le plus bel exemple de ce qu’on appelle une « onomatopée » (<°Gr. ονοματος  ‘onomatos’ « mot » + ποιεω ‘poieô’ « créer » = « créer un mot »… par imitation phonétique ».) Tout le monde sait en effet que le Coucou fait… « coucou ».

  • Apparence

Le coucou (30 cm) a à peu près la même longueur que l’épervier (30 cm) ou le pigeon-ramier (40 cm). Mais son poids (100 g) est moindre que celui de l’épervier (200 g) et surtout que celui du pigeon-ramier (500 g).

Les rayures horizontales sur son ventre évoquent celles de l’épervier. Mais en observant les becs, et notamment celui, arqué, du rapace qu’est l’épervier, le doute est rapidement levé.

Posé sur une branche, le coucou ressemble quelque peu à l’épervier, par les rayures horizontales sur son ventre. A peu près de la même taille (±30 cm), il pèse cependant la moitié (±100 g) de l’épervier (±200 g). (Source Internet, v. lien sur photos)

Pour les guides-nature qui ont dû apprendre les différences de dispositions des doigts des pattes des oiseaux, notons que le Coucou a deux doigts vers l’avant et deux vers l’arrière (comme chez le pic) : c’est ce qu’on appelle une disposition « zygodactyle ». La plupart des  oiseaux ont trois doigts vers l’avant et un vers l’arrière ; c’est ce qu’on appelle une disposition anisodactyle. (N.B. Il existe de nombreuses autres appellations pour désigner la disposition des doigts des pattes d’oiseaux.)

  • Chant

Dès son arrivée d’Afrique infra-équatoriale, le coucou se met rapidement à chanter, caché dans les branches des arbres. On peut plus facilement le voir voler et chanter, surtout si on s’amuse à l’imiter (chose à faire avec modération pour ne pas le perturber). Un jour où nous l’imitions, nous avons vu trois coucous voler au-dessus de nos têtes. Avec plus de chance encore, on peut le voir perché sur une branche d’où il chante ses « coucou coucou ». Nous avons eu ce plaisir et étions très étonnés de constater qu’il y avait un court laps de temps entre « la vue » de son bec qui s’ouvrait, et « l’entente » du son. Pourtant, nous n’en étions pas éloignés au point d’expliquer ce « phénomène » par la vitesse du son, un million de fois plus lente que celle de la lumière. (Merci déjà à ceux qui nous expliqueront ce phénomène…).

Jacques Misonne  imitant le coucou… (Cliquer ici) Comment faire ? Glisser les 4 doigts de la main droite (pouce exclu) entre le pouce et l’index de la main gauche. Former une « caisse de résonnance » en écartant la paume des deux mains. Souffler entre les deux pouces ; ce qui donne une belle note flûtée. Écarter de temps en temps les doigts de la main gauche pour faire varier les sons. On finit par « chanter » : « Coucou, coucou ». ATTENTION ! Ne pas prolonger ce petit jeu, qui finirait par effrayer l’oiseau, et peut-être l’éloigner
  • Accouplement et « nidification »

Comme chez pratiquement tous les oiseaux, le mâle chante pour séduire la femelle. Pour ne pas dire « les femelles » puisque le coucou est polygame ; sitôt après les noces, le mâle va en effet « voir ailleurs ». Mais on le lui pardonnera puisque la femelle compte, elle aussi, des pères différents pour ses enfants.

Une fois « prête à pondre », la femelle cherche un nid où pondre son œuf. Ou plutôt… cherche « des nids » où pondre « ses œufs ». Nous savons en effet tous que le coucou (il faudrait dire « la » coucou…) pond ses œufs dans les nids d’autres oiseaux (voir ci-dessus lesquels). Perchée au haut d’un arbre, elle observe les oiseaux vaquant au dur labeur de la construction de leurs nids. Elle « ne cherche pas » les nids… mais bien les oiseaux qui passent avec des brindilles dans le bec, preuve qu’ils sont « au boulot ». Ainsi, elle situe avec précision les nids où elle ira pondre ses œufs. Elle pond plusieurs œufs, et un seul par nid. Elle cherche donc plusieurs nids, tous de la même espèce d’oiseau.

Les oiseaux savent-ils compter ? Il faut croire que oui, puisqu’une fois « un certain nombre » d’œufs pondus, la femelle se met à couver, ce nombre variant selon l’espèce (et légèrement pour une même espèce). Quand le coucou décide de pondre un œuf dans le nid à « squatter », il prend donc soin d’éjecter un des œufs, pour éviter que l’oiseau piégé se rende compte de la supercherie. Et « la chose » se passe d’ailleurs à toute vitesse puisque l’éjection d’un œuf et la ponte de celui du futur bébé-coucou prend moins d’une minute.

  • Bébé-coucou

Le coucou « calcule également », faisant en sorte que son rejeton (pour être précis « ses » rejetons puisqu’ils squattent, chacun pour soi, plusieurs nids) naisse juste avant ses « frères et sœurs ». Ainsi, il pourra éjecter du nid les œufs avant qu’ils n’éclosent. Mais il arrive que d’autres oisillons naissent avant l’usurpateur. Peu lui chaut dans ce cas : il éjecte les oisillons.

Est-ce de la « malignité » de sa part, d’éliminer œufs et oisillons qui le priveraient de nourriture ? Bébé-coucou est en effet si goulafe, que les pitances apportées par ses parents-adoptifs pour une sizaine, voire une douzaine d’oisillons  suffisent tout juste à le nourrir, lui.

Il ne semble pas que ce soit par « calcul » qu’il agisse ainsi mais à cause d’une extrême sensibilité cutanée ; il rejette donc tout objet qui pourrait heurter sa peau fragile (P. Déom).

Le parent adoptif de bébé-coucou parvient à  peine à satisfaite l’appétit vorace de celui qu’l croit être son descendant. (Source Internet, v. lien sur photos)

Bébé-coucou a tant d’appétit que ses « parents adoptifs », même « débarrassés » de leur vraie progéniture, parviennent difficilement à le rassasier. Tout semble calculé pour assurer sa croissance, puisque même d’autres oiseaux que ses parents adoptifs viennent parfois le nourrir, au détriment de leur propre marmaille. Pourquoi et comment cela ? L’intérieur du bec de bébé-coucou est à ce point pigmenté en rouge, que cela attire d’autres parents, qui se laissent à leur tour prendre au piège (P. Déom).

D’autres parents « nourriciers », par la couleur (rouge) de l’intérieur du bec attirés, viennent nourrir bébé-coucou. (Source Internet, v. lien sur photos)
  • Chant et migration de bébé-coucou

Tout oiseau apprend à chanter en compagnie de ses parents et, s’il est migrateur, c’est généralement avec eux qu’il s’envole vers le Sud, fin de l’été.
Par on ne sait quel principe, le Coucou apprend à chanter tout seul. Et pour ce qui est de sa migration, ses parents s’en retournent chacun seuls vers le Sud de l’Afrique au mois de juillet. Bébé-coucou (plus « bébé » du tout tant il a été bien nourri par ses parents adoptifs) fait le voyage, seul également, en parcourant 9.000 km, un mois plus tard. Il reviendra l’année suivante sur les lieux de sa naissance. Que la Nature est prodigieuse !

  • Espèce en danger ?

À lire « la vie tumultueuse » du coucou, on pourrait être courroucé et lui en vouloir. N’en faisons rien ! C’est avant tout « la nature ». Quel plaisir chaque année entre avril et juin d’entendre chanter le coucou !
De plus, cette espèce d’oiseau a perdu une bonne part de son effectif et constitue, depuis quelques décennies, une espèce menacée. Prenons-en donc le plus grand soin.

Commentaires, amendements … ? gelura@proximus.be, M.-Ch. & J.-Fr. Misonne, https://www.gelura.be/ccr

Bibliographie : https://www.gelura.be/ccr/ccr1/ccr1-his-bibliographie

Mais surtout : Déom, Pierre (1998). La Hulotte N° 38-39 (une remarquable collection). https://fr.wikipedia.org/wiki