NAT Apprenons à distinguer les peupliers

De part et d’autre du chemin « le long des Grands Prés », qui nous conduit de l’étang de Pécrot à Florival , dont une partie sur caillebottis, la vallée de la Dyle présente une alternance de peupleraies et de prairies. De nombreux peupliers ont disparu début des années 80′, suite aux attaques de deux champignons microscopiques : la « rouille du peuplier » et le « chancre européen du peuplier ». Les peupliers que nous voyons ici sont sains et donc résistants.

Voir à ce sujet le paragraphe suivant : « Le peuplier, l’allumette et la biodiversité » : https://www.gelura.be/ccr/ccr31/ccr31-his-le-peuplier-lallumette-et-la-biodiversite

Les peupliers font partie de la famille des salicacées, la famille des saules (Salix en latin). Ils affectionnent les ensembles boisés et herbacés humides, près des rives de cours d’eau (zones appelées « ripisylves », où ‘ripa’ = rive + ‘silva’ = forêt).

Ils drageonnent (drageon = stolon souterrain) facilement et ont une croissance rapide. Ils s’hybrident facilement, de manière naturelle ou artificielle (sous l’action de l’homme).

Le peuplier a des bourgeons allongés et pointus. Il est dioïque, c.-à-d. que les fleurs mâles et les fleurs femelles sont portées par des individus différents. Les fleurs apparaissent avant les feuilles et sont réunies en chatons pendants ; les mâles présentent 8 à 30 étamines rougeâtres.

Les graines sont enveloppées d’une « bourre cotonneuse » qui leur permet de se disperser au gré du vent et des cours d’eau. Quand elles couvrent le sol, on a l’impression qu’il a neigé…

On peut observer des glandes à la jonction du pétiole et du limbe, à la face inférieure des feuilles chez certains peupliers, mais pas tous.

Voici quelques espèces de peupliers (« x » signifie qu’il s’agit d’un hybride, c.-à-d. un croisement entre deux espèces différentes de peupliers).

Illustrations principalement extraites de la Flore Forestière Française (voir « Bibliographie » : http://www.gelura.be/ccr/ccr1/ccr1-his-bibliographie)

Notons que le nom « peuplier » vient du latin ‘populus’ « peuple », parce que ces arbres étaient plantés sur les lieux publics (« populaires ») romains.

TABLEAU COMPARATIF DES PEUPLIERS

_Légende, °… = couleur, °…. = nuance, °bla = blanc, °blâ = blanchâtre, °clai = clair, °fonc = foncé, °glab = glabre, °noi = noir, °ver : vert, Am. = Amérique, dent. = denté, fll = feuille, gro. = grossièrement, Ital. : Italie / Italica, lar>lon = moins long que large, lon>lar = plus long que large, Long./larg. = rapport longueur / largeur, v. = var., x = hybride.

ESCÈCES DE PEUPLIERS

Peuplier blanc = Populus alba = witte abeel (= schietwilg)
Cette espèce indigène (c.-à-d. originaire du pays) est pionnière (c.-à-d. qui est parmi les premières à (re)coloniser un espace). Le latin ‘alba’ signifie « blanc » vu la blancheur de l’écorce (gris-clair) et vu la face inférieure blanchâtre des feuilles (voire blanc comme neige chez P. alba nivea). Ses feuilles font penser à celles de l’érable, d’où cet autre nom vernaculaire : « p. à feuille d’érable ».

Faces supérieure (verte) et inférieure (blanche) de feuilles de peuplier blanc

Peuplier noir =  Populus nigra  = zwarte populier

Feuilles différentes de celles du p. blanc, bien vertes des 2 côtés. Écorce noirâtre. Bourgeons poisseux et odorants, reluisants comme des gouttes d’ambre.

Peuplier d’Italie = Populus nigra var. italica = Italiaanse populier

C’est le plus connu des peupliers noirs, planté comme arbre ornemental ou pour alignement et brise-vent. Les rameaux sont ronds, les feuilles triangulaires à losangiques. Pas de glandes.

Peuplier noir d’Amérique (= P. deltoïde) = Populus deltoides = Amerikaanse populier

Le pétiole possède 2 glandes à l’intersection entre du pétiole et du limbe. Jeunes rameaux anguleux, voire ailés. Feuilles triangulires à losangiques, assez grandes et vertes sur les deux faces
Utilisé pour faire des hybrides (voir plus loin).

Peuplier tremble (= Lybique) = Populus tremula = ratelpopulier.
« Tremble » parce que les feuilles semblent trembler sur l’arbre. Pourquoi ? Parce que le pétiole est aplati dans le sens perpendiculaire à celui de la feuille, la rendant très mobile dans le vent, si faible soit-il, ce qui fait que les feuilles sont toujours tremblantes. (De là peut-être l’expression « trembler comme une feuille ».)

Peuplier baumier (= p. de l’Ouest) = Populus trichocarpa = zwarte balsempopulier.

Peuplier grisard (= Ypréau). V. « Peupliers hybrides : Populus (x) canescens. Sans doute un hybride naturel entre P. alba et P. tremula.

PEUPLIERS HYBRIDES

Les peupliers hybrides sont issus de croisements entre deux espèces de peupliers. Dans leur nom latin apparaît toujours le signe « x ».
Qui dit « hybride » dit (généralement) « production accrue ». Ce sont donc ces peupliers (appelés « peupliers de culture » en flamand) qui ont été utilisés pour la production d’allumettes. Voici trois exemples de peupliers hybrides.

Peuplier  du Canada = Populus x canadensis (= P. euramericana) (P. nigra (mâle) x deltoides (femelle)) = Canadapopulier (= cultuurpopulier).

« Euramericana » parce qu’il s’agit d’un hybride entre une espèce EURopéenne et une espèce AMERICAine ».
Présente une ou deux glande(s) au contact du limbe et du pétiole, à la face inférieure des feuilles. Le limbe de la feuille est vert et glabre sur les deux faces. La base du limbe est droite (v. dessin) et non cordé (comme c’est le cas pour P. deltoides et P. tremula).

Peuplier grisard =  Populus x canadensis (P. nigra x tremula) = grauwe abeel (=cultuurpopulier).

Peuplier grisard (= blanc de Hollande)  =  Populus (x) canescens (P. alba x tremula) = grijze populier

Canescens est issu du latin ‘canescere’ = « blanchir (de vieillesse) ». La face inférieure  des feuilles est entre « le blanc du p. blanc » et « le vert du p. tremble », d’où son nom « gris » dans la plupart des langues… sauf en français = « grisard ».
Écorce lisse, gris verdâtre, à lenticelles noirâtres disposées horizontalement, devenant blanc crème à la partie supérieure, épaisse et fissurée, noirâtre à la base.
Feuilles vert mat à la face supérieure  et grisâtre pubescent(e à la face inférieure.
(x) signifie qu’il s’agit sans doute d’un hybride naturel entre P. alba et P. tremula, pouvant donc être considéré comme une espèce à part entière.

Peuplier hybride interaméricain = Populus x generosa (= P. x interamericana) (P. tricocarpa x deltoides)

« Interamericana » parce qu’il s’agit d’un hybride entre deux espèces AMERICAines ».
Feuilles de grande taille, parfois longues de >30 cm, vertes dessus et blanc verdâtre dessous, assez épaisses, nettement dentées. Tronc très droit, houppier (ensemble des branches situées au sommet du tronc) peu branchu. Croissance très forte.

Dessins extraits de la « Flore Forestière Française ». Merci à Pierre Boone pour leur retouche.

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