NAT Le castor

Le nom latin du castor est Castor fiber, « fiber » signifiant « brun » en celtique et ayant donné le mot latin « beber », brun… comme la couleur du castor. En néerlandais, on l’appelle d’ailleurs « bever » … et l’ancien nom français de « castor » n’était autre que « bièvre ». On verra plus loin pourquoi on l’a rebaptisé « castor » (comme on a rebaptisé « goupil » en « renard »).

Il est bien difficile d’observer le castor en journée ; ce sera plus aisée la nuit. Mais nous en observons aisément les traces : passages, huttes, barages, arbres rongés…

Observons une hutte de castor, dont les galeries d’accès descendent en dessous du niveau de l’eau. Pourquoi ?

Le castor ne se nourrit pas de poissons comme on le pense parfois. Mais d’écorces d’arbres comme le saule, riche en acide salicylique (dont la matière active de l’ASPIRINE est un dérivé), ce qui explique la présence de ce produit dans le castoréum (dont on reparlera par la suite).

Ne grimpant pas aux arbres, il les fait tomber. L’arbre par terre, son tronc montre une pointe, comme passé dans un taille-crayon géant. Le castor s’y balade pour se nourrir de son écorce.
Par grands froids, l’eau gèle en surface. Il faut que le niveau d’eau soit suffisamment élevé pour ne pas geler et permettre au castor de nager en-dessous de la couche de glace. Il a en effet « planté » des branches de saules (et autres) dans l’étang ou la rivière ou les canaux creusés par ses soins. Il va les rechercher pour s’en nourrir en les ramenant dans sa hutte. Voilà donc pourquoi les castors érigent des barrages.

Question : Le castor est-il indigène ? L’a-t-on introduit ? L’a-t-on réintroduit ?

La réponse est simple : le castor était très présent dans notre pays jusque fin du 19e S. Il est (ou était) donc bel et bien indigène et non exotique. Il fut réintroduit fin du 20e S.

Pourquoi a-t-il donc disparu ? Plusieurs explications peuvent être avancées :

– On chassait le castor pour sa fourrure… notamment pour en faire des chapeaux « de trappeur ».

– À une époque où notre religion nous interdisait la consommation de la viande le vendredi, mais autorisait la chaire de poisson, elle autorisait également celle d’animaux aquatiques tel le canard… mais également le castor. On pouvait donc consommer du castor le vendredi.

– Les fermiers le tuaient parce que ses barrages provoquaient l’inondation des prairies ou terres agricoles.

‑ Afin d’apaiser les maux et migraines de la gente féminine, on prélevait les glandes du castor, riches en castoréum, c.-à-d. en acide salicylique (cf. ASPIRINE). Ces glandes étant situées à proximité du pénis, on considérait cette « opération » comme étant une « castration ». Certaines sources étymologiques prétendent que le mot « castration » a donné lieu au nom de « castor »… (Comme quoi l’étymologie n’est pas toujours une science exacte et cette explication est aussi hébétée que celle comme quoi le mot « féminin » serait issu de « fait moins ».)

Mais pourquoi a-t-on rebaptisé l’animal appelé « bièvre » en « castor » ?

A l’instar du « renard » qu’on appelait jadis « goupil », le nom original du castor était donc « bièvre » (« bever » en néerlandais). Le nom vient du latin « beber » issu du celtique fiber, qui signifie « brun » (comme la couleur du castor). Plus tard, il a pris le nom de l’étoile « Castor », frère jumeau de Pollux (tous deux fils de Léda).

De fait, le dieu Castor était le protecteur des femmes. Et puisque le « bièvre » était, lui aussi, considéré comme le « protecteur » des femmes, grâce à son castoréum, on l’a rebaptisé « castor ».

A signaler que le castor, à l’instar du lapin, est cæcotrophe, ce qui signifie qu’il réingère ses premiers étrons (crottes) pour en achever la digestion. Ce mot a deux origines. 1) Le latin cæcus ‘aveugle’ (comme dans le mot cécité), faisant allusion à une partie de l’intestin dit « aveugle », riche en bactéries qui facilitent la digestion. 2) Le grec τροφη ‘trofè’ « se nourrir ». (A noter qu’on ne dit pas du castor et du lapin qu’ils sont « scatophage » ou « coprophage ».) Les « premières » matières fécales sont molles et visqueuses, et les secondes sont sèches et dures. On peut prendre une crotte en main : si elle est molle, c’est qu’elle doit encore être réingérée et si elle est sèche et dure, c’est qu’elle est issue du second cycle… « terminé » et ne sera pas réingérée.

Puisqu’on vient de parler du castoreum, riche en acide salicylique, molécule à l’origine de la matière active de l’ASPIRINE, disons un mot sur deux végétaux très présents dans la Vallée de la Dyle : le Saule et la Reine des prés.

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