NAT Ficaire fausse-renoncule

Nom latin : Ficaria verna (syn. Ranunculus ficaria ou Ficaria ranunculoides).
Famille : Renonculacées (Ranunculaceae).
Bon à savoir pour la bonne compréhension du texte ci-après. Il existe deux sous-espèces (v. explications plus loin) :
F. verna ssp. ficaria (généralement : akènes avortés, bulbilles à l’aisselle des feuilles, pétales étroits ne se recouvrant pas),
F. verna ssp. fertilis (généralement : akènes fertiles, pas de bulbilles à l’aisselle des feuilles, pétales larges se recouvrant).

La ficaire fausse‑renoncule est une petite plante herbacée dont les fleurs jaunes apparaissent très tôt au printemps sur les talus en sous-bois frais, ou dans des forêts de feuillus sur sols humides et riches, d’où son nom vernaculaire de « grenouillette ».

Inflorescence : trois sépales (vertes) formant le calice ; 6‑12 pétales (jaunes) formant la corolle.

Étymologie : ‘Ficaria’ <°Lat. ‘ficus’ « figuier » > ‘fica’ « figue », car les tubercules souterrains renflés évoquent la forme de la figue. ‘Verna’ <°Lat. ‘verna’ « printemps ».
Les goûts et les couleurs… En flamand, on y voit plutôt une ressemblance avec des mamelles de mammifère. C’est pourquoi on l’appelle ‘speenkruid’ littéralement « herbe à mamelle ».
Dans certains pays, où l’imagination est encore plus fertile, on appelle la ficaire « testicule de coq » (haneklootjes en Hollande) ou « couilles de chats »… voire encore plus taquin ailleurs…
Code photo : 2BPDH1RanF Ficaria verna, ficaire fausse-renoncule, speenkruid.

  • Description :

La plante est hétérophylle, c.-à-d. qu’elle possède des feuilles de formes différentes : les feuilles caulinaires (celles de de la tige) sont glabres (sans poil), cordiformes (en forme de cœur), suborbiculaires et au limbe crénelé et sillonné de nervures plus pâles. Mais les feuilles à la base de la plante sont arrondies.

Feuilles caulinaires cordiformes suborbiculaires (±ovales).
Feuilles basales orbiculaires (arrondies).

Ses rhizomes (tiges souterraines) portent de fines racines blanchâtres ramifiées et plusieurs bourgeons, mais également des racines brunâtres renflées formant de petits tubercules, fusiformes et arrondis au sommet. Ce sont ces racines tubérisées qui assurent la reproduction végétative de la plante. Elles sont remplies d’amidon stocké dans les cellules riches en amyloplastes.

Fines racines blanchâtres ramifiées, tubercules fusiformes, arrondis au sommet. Avouons que ces tubercules font penser aux trayons (‘speen’ en flamand) d’un pis (‘uier’) de vache.

A la base du pétiole, on peut voir des bulbilles qui seront disséminés par la pluie (v. dessin ci-après).

Si la reproduction sexuée a lieu, des graines (akènes) sont formées, pourvues d’une petite excroissance appelée élaïosome (<°Gr. ελαιον ‘élaion’ « huile » + σωμα ‘sôma’ « corps » = « corps huileux »), riche en lipides, qui attire les fourmis. Celles-ci participent ainsi à la dissémination et à la germination loin de la plante-mère. On appelle ce genre de dissémination par les fourmis « myrmécochorie » (<°Gr. μυρμηξ ‘murmèx’ « fourmi » + χωρειν ‘khôrein’ « se mouvoir » = « mû par les fourmis »).

Graines (akènes) pourvues d’élaïosomes pour attiter les fourmis, qui les dissémineront. (Photos Internet)

La floraison de la ficaire est précoce car sa dormance est levée grâce aux températures basses de l’hiver : elle débute dès fin février.

L’inflorescence est constituée de trois sépales verdâtres qui forment le calice et de 6 à 12 pétales étoilés jaune luisant qui forment la corolle.

La fleur s’ouvre le matin et se ferme complètement le soir, de même que lorsque le temps est humide et nuageux ; on dit qu’elle est nyctinastique (<°Gr. νυξ, νυκτος ‘nux, nuctos’ « nuit » + ναστος ‘nastos’ « compact », d’où « fermeture » = « nyctinastie » = ouverture/fermeture de la fleur liées à l’alternance jour/nuit).

Elle possède 20 40 étamines extorses (« au dehors ») et un pistil (organe femelle) composé de nombreux carpelles séparés à un ovule.

La pollinisation est entomogame, c.-à-d. assurée par des insectes tels que les syrphes, les abeilles, les scarabées.

La fécondation produit des polyakènes, c’est le cas de la sous-espèce F. verna ssp. fertilis. La sous-espèce F. verna ssp. ficaria est stérile ou se développe avant que les insectes ne la pollinisent. Elle se multiplie dès lors par voie végétative, comme expliqué ci-dessus. Cette reproduction est un moyen efficace et rapide pour coloniser un espace mais tous les descendants de la plante- mère sont des clones.

  • Cycle de développement (v. dessin)

Cycle de la ficaire. À noter en particulier, les bulbilles à la base des pétioles (F. verna ssp. stérilis) et les tubercules souterrains (F. verna ssp. ficaria).

Dès l’automne, les bourgeons débourrent et en hiver, les premières feuilles apparaissent. L’appareil végétatif se développe grâce à l’hydrolyse de l’amidon stocké dans les tubercules qui se rident et se dessèchent. Au début du printemps, la plante est en pleine production. Grâce à la photosynthèse, les feuilles fabriquent des sucres qui seront stockés dans de nouvelles racines tubérisées.

Après la floraison, toute la plante se dessèche à son tour et seules les racines tubérisées subsistent dans le sol, ainsi qu’une tige souterraine, nommé rhizome. Avant la disparition de l’appareil aérien, des bulbilles apparaissent à la base du pétiole des feuilles et se détachent de la plante-mère pour être dispersés par les eaux de pluie.

  • Toxicité

La ficaire est toxique à l’état adulte, comme toutes les plantes de la famille des renonculacées, car elles contiennent un composé toxique, la proto-anémonine qui, en séchant, se dégrade en anémonine non irritante. (Le nom « anémonine » vient du nom d’une autre renonculacée, à savoir l’Anémone.)

  • Pauvres mendiants…

Si on froisse des feuilles de ficaires et qu’on les applique sur la peau, cette substance provoque des démangeaisons et des éruptions cutanées. Des mendiants, au Moyen Age, appliquaient le suc de la Renoncule scélérate, qui pousse les pieds dans l’eau, ou de la clématite des haies (autre renonculacée) sur leur visage et leurs mains, dans le but d’inspirer la pitié des passants.

  • Remède

Mais la ficaire est également une plante médicinale.
Comme les tubercules ressemblent à des hémorroïdes, suivant la théorie des « signatures », elle est donc considérée comme efficace pour soigner ces maux.
Elle est riche en vitamine C et a servi de remède contre le scorbut.
On peut encore consommer les jeunes feuilles de ficaires (avant floraison) en quantité limitée dans une salade.
Cuites, ses feuilles ne sont plus toxiques ; c’est pourquoi on appelle la ficaire « épinard des bûcherons » dans certaines régions.

  • Tout est poison… rien n’est poison…

Entre poison et remède, il n’y a qu’une question de dose…
« La dose seule fait que quelque chose n’est pas un poison » disait Paracelse (1493-1541), pseudonyme du médecin et alchimiste suisse Philippus Th. Bombast von Hohenheim. (Paracelse n’est donc pas « un ancien Grec » comme le nom pourrait le laisser croire.)
On se souvient du « baptême » de cette malheureuse étudiante d’une faculté vétérinaire, à qui des « anciens » tout à fait irresponsables avaient fait ingurgiter une dizaine de litres d’eau. Après avoir sombré dans le coma, elle avait finalement survécu. Elle sait à quel point « la dose est poison » fut-ce de l’eau…

Commentaires, amendements … ? gelura@proximus.be, M.-Ch. & J.-Fr. Misonne, https://www.gelura.be/ccr

Bibliographie : https://www.gelura.be/ccr/ccr1/ccr1-his-bibliographie

Autres : http://fr.wikipedia.org/wiki/ficaire, http://www.futura-sciences.com, http://biologie.ens-lyon.fr, http://www.assiette-sauvage.org, http://lagazettedesplantes.com.